Cours, camarade le COVID est derrière toi !

Cours, camarade le COVID est derrière toi ! (2020)

Paru sur Dernières Nouvelles de la Peste

“J’peux pas j’ai pandémie”

L’état se refait une santé. Après avoir détruit le service public et fait des hôpitaux des marchés à ciel ouvert depuis plusieurs années, Macron découvre que le privé dans la santé, c’est mauvais.
Les feux de forêts ont détruit des pays entiers après la fermeture des dispositifs de pompiers en Grèce ou au Portugal sur commande des restrictions budgétaires liés aux plans d’austérité européens. Une étincelle suffisait alors pour tout ravager. Et un virus peut s’étendre et mettre à sac un service d’urgence qui ne tourne plus depuis longtemps qu’avec un service minimum drastique comme ce fut le cas à Mulhouse. Et si la tuberculose fait déjà des ravages dans le silence, l’alarme depuis un an de grève et de manifestations ne concerne pas un simple virus mais une société délabrée, des villes surpeuplées et polluées aux populations de plus en plus fragiles et démunies.

Si Macron se prend pour Napoléon en campagne, les services infirmiers ne reviendront pas au XIXème siècle, où les infirmières par vocation sortaient des couvents pour armer les fronts de leur bienveillance et leur charité.

L’hôpital est exsangue et nous savions que nous ne pouvions plus soigner correctement, Covid ou autre. Mais voilà qu’en plus, tout ce qui n’est pas Covid passe en second, même dans des régions non touchées. La politique que les soignants doivent appliquer est de refonder complètement les services pour « se préparer au pic épidémique », lorsqu’ils sont déjà saturés. Des services sont donc à l’arrêt dans la plupart des régions, et la mortalité risque de toucher par bien des aspects autres que le Covid. Déprogrammer des chirurgies vasculaires d’une semaine passe, mais dans un mois, la patiente sera sûrement décédée avant d’avoir eu le coronavirus. Les services de réanimation font place à des lits réservés Covid, mais pour ça il faut bien virer des patients ou en refuser et on est plus dans ce genre de service par nécessité vitale que par confort. Quand aux urgences, on examine parfois des patients de loin, un patient qui présentait une détresse respiratoire est alors renvoyé chez lui, il n’avait pas de fièvre ! Pour d’autres hôpitaux, les urgences sont quasi-désertes car les gens n’osent plus se présenter. Une dame âgée est ainsi restée 4 jours chez elle avec une fracture au bras pour ne pas engorger les urgences comme on le lui avait sommé.

En psychiatrie il semble que ce soit le même scénario, les urgences psy sont fermées pour d’éventuelles vagues de personnes porteuses du Covid. On renvoie donc des gens en crise chez eux, si ils ont un habitat, et on viendra dire que cette quarantaine nous permet de nous recentrer sur nous-même ! Toute la vie quotidienne autour des hôpitaux ou accueils de jour est brisée ; on s’en doute l’assignation à résidence accentuera pour certains l’isolement et l’angoisse.

A l’hôpital et dans les lieux d’hébergement, les aides-soignants, infirmiers et éducateurs n’ont pas de masques. Dans certains foyers, on somme les travailleurs de ne pas utiliser les masques gardés sous clé en arguant ces paroles : « vous mettez en danger la vie des patients si vous en prenez, car quand l’épidémie sera vraiment là il n’y en aura plus » et en incitant à la délation des soignants qui utiliseraient des masques. La direction étant confinée, on continue de jouer sur le dévouement et l’humanité des soignants esseulés tout en donnant de précieux conseils pour se prémunir du virus ; comme de garder une distance d’un mètre avec une personne dont on fait la toilette. Et bien que Macron et Brigitte viennent faire les toilettes, on leur laissera les applaudissements de 20h.

Le confinement est là pour gagner du temps mais il n’est pas une solution où chacun fait sa part. En Italie après une semaine d’assignation à résidence, le nombre de décès ne cesse d’augmenter. Et il est difficile de savoir ce qui est décompté. On assiste au manque de soins généraux, à l’angoisse, aux morts dans les émeutes en prison contre les conditions d’enfermement encore plus terribles sous l’état d’urgence sanitaire. La suspension des parloirs et des audiences permettant les libérations et les recours ne sont pas vivables, c’est en France comme en Italie que des luttes dans les prisons se tiennent pendant qu’on salue un gouvernement qui n’a cessé de s’enliser dans l’incompétence, le mensonge et le profit depuis son investiture. Le monde de la santé n’a jamais réussi à faire valoir ses droits, atomisé dans son burn-out quotidien, sa réquisition permanente. Il ne faudra pas attendre de là, un retour à une pensée collective du soin, à une attention à l’immunité qui met en jeu la notion même d’individu. Car pour ceux qui connaissent 1984 – roman dystopique d’une société où Big Brother règne en maître sur les faits et gestes de chacun – c’est moins la machine centrale que l’isolement total des individus qui permet ce monde sans aucune liberté de pensée ni d’agir. Le confinement est ainsi un avant-goût totalitaire où nos peurs primaires, nos désirs s’expriment avec une cruelle brutalité.

Faute de savoir encore s’il va éradiquer le virus, il met par contre en lumière une certaine morosité de nos existences. Si le frigo est plein, la connexion internet en marche et les personnes avec qui on cohabite pas trop désagréables, on se fera limite un plaisir de se confiner dans nos habitations quand on en a. Plaisir grandissant lorsqu’on sait qu’on participe à l’effort de la nation, que l’on est « solidaire » en respectant ces directives. Nommer cet état d’isolement viendra pour certains provoquer un électrochoc sur le marasme quotidien de leurs vies. Conscientiser une réalité lorsqu’elle n’est pas imposée.

A la servitude volontaire s’est ajouté le désir de soumission et la jouissance d’une fin du monde avec frigo et netflix. Ne pouvoir enfin être stimulé que par son smartphone sans culpabiliser. A moins que ceux qui ont fuit dans les campagnes recréent des phalanstères et les faux joggers des villes ne s’entraînent pour la reprise des hostilités après 45 jours de méditation.
Oui le Covid est un virus brutal, qui met à jour une société sans immunité que celle d’un état perdu géopolitiquement dans des préoccupations prépubères. Faire attention aux personnes fragiles c’est aussi ne pas leur imposer la solitude et la dépression tout en étant bien informé et conscient des risques. Une information est un travail de recherche et d’analyse, ce que trop de gens oublient. Particulièrement en matière de médecine et d’immunité, il n’y aura pas de vérité facile, il n’y aura pas d’expert politique pour vous sauver. C’est être à l’écoute de son corps et peut-être aurons nous au moins appris cela ces jours ci un peu mieux que d’habitude. C’est prendre le temps de lire et de comparer différentes méthodes et résultats. Par exemple, il faudrait se pencher sur la Corée du sud qui n’a pas eu de crise majeure. L’habitude entretenue de se laver les mains et de faire attention aux personnes âgées est une des raisons. Le traitement qui y fut mis en place par renforcement immunitaire à base de zinc et de vitamine D aussi, et l’usage de la chloroquine dès le début ont faitleurs preuves. Sans reprendre pour autant le fichage de masse par géolocalisation. Attention donc aux angoisses, l’épidémie s’arrêtera, comme toute épidémie une fois que nous aurons pour la majorité fabriqué des anticorps au contact de ce virus. D’autres virus apparaîtront, des foyers persisteront ici et là, inévitablement car nous sommes bien vivants. Ensuite par contre les moyens dans les hôpitaux ne seront toujours pas là, et les flics eux auront gagné encore en latitude de contrôle et de fichage. En Italie, les antennes réseaux recensent le nombre de personnes qui ne respectent pas le confinement en traçant les trajets des téléphones portables. On savait que c’était une pratique courante y compris en France, mais c’est annoncé ces jours-ci paisiblement, et légitimé par la crise sanitaire et son devoir d’assignation à résidence. Les attestations de déplacements seront bientôt obsolètes car il n’y a plus qu’un pas vers la pénalisation à distance. Les plateformes numériques auront montré une fois de plus leur absurdité, les élèves ne pouvant se connecter tous en même temps, les bugs multiples auront eu raison même des plus studieux, mais on nous vendra encore le rêve de la 5G.

En même temps, le travail s’invitant de plus en plus dans l’espace intime, le gouvernement doit se faire un plaisir de développer le télétravail et d’en vanter la nécessité. Dans l’éducation, les instits se retrouvent à répondre aux mails de parents inquiets, avides de conseils pédagogiques pour continuer l’apprentissage de leurs enfants, quand d’autres n’ont pas internet ni d’ailleurs pu faire un quelconque usage des fichiers pédagogiques donnés sur une clé usb avant le confinement.

Les restrictions s’appliquent à ce qu’on appelle vital : aller acheter à manger, se faire livrer une pizza, aller chez le médecin, garder les enfants de ceux qui travaillent et pratiquer une activité physique solitaire. Les rassemblements sont interdits, et les manifestations hebdomadaires qui
durent depuis plus d’un an ont enfin trouvé une issue pour le gouvernement. Les mouvements de contestation sont physiquement à l’arrêt. Parler autrement qu’avec son écran d’ordinateur n’est apparemment pas vital. Même faire circuler des tracts ou des journaux est contagieux ; on devra alors compter entièrement sur internet et sa capacité à nous mettre en lien ? Cette solitude contrainte fait mal après une telle effervescence de rencontres et de manifestations cette dernière année. Toutes les nasses où nous nous sommes retrouvés à partager dans un corps à corps contre les lignes policières, nos peurs, nos rages et nos sueurs, on se foutait bien des miasmes malgré les blessures et les gaz qu’on se transmettaient. Et d’ailleurs ces gazs n’ont-ils pas participer de notre affaiblissement pulmonaire chronique ? Depuis plus d’un an, des mouvements de révoltes partout dans le monde naissent et se font écho, bien qu’ils existent dans des contextes et des formes différentes. Mais c’est bien une contestation qui se dresse devant les gouvernements capitalistes depuis de nombreux mois. Le coronavirus existe bien lui aussi, mais les mesures mises en place par ces mêmes gouvernements viennent asseoir un autoritarisme et renforcent un état d’urgence déjà permanent. Il en va de notre réflexion collective devant des mesures prises de manière drastique et sécuritaire, par un gouvernement qui laisse mourir les patients non-Covid et qui réorganise des services qu’il fait agoniser depuis des mois.