Analyses

Voici quelques textes que nous avons trouvé pertinents quant à l’analyse de la situation actuelle et des problématiques auxquelles cette dernière nous confronte. Si les brèves, les informations simples et plates sont importantes, nous pensons qu’il est crucial de ne jamais les dissocier de la réflexion et de l’analyse plus poussée. Certains textes sont écrits dans le cadre du travail autour de ce blog, d’autres viennent d’ailleurs, dans ce cas la source est indiquée. Si vous pensez que certains textes manquent ou auraient leur place ici, n’hésitez pas à nous contacter.

  • Aux Enfermés du confinement, Réunion publique : présentation et perspectives

Une base de données sur la gestion de la pandémie au niveau international est née au mois de mars dernier sous la forme d’un site dédié aux enfermés du confinement, sur lequel on trouve des brèves quotidiennes ainsi que des textes d’analyses écrits pendant ce travail ou trouvés ici ou là. Après plus de mille brèves et trois mois d’existence, une fréquentation désormais régulière et conséquente, ses participants actuels proposent de présenter où en est ce projet et de discuter des perspectives qu’il peut ouvrir. Ce sera aussi l’occasion de prendre un peu de recul pour réfléchir autour de ce qui nous arrive sur toute la planète depuis quelques mois, et des diverses interventions qui ont été essayées face à cette situation qu’on a encore du mal à réaliser et à mesurer, mais qui est en train de transformer durablement le cours de nos vies, portant en elle des formes de contrôle et de répression inouïes, mais aussi des poussées de révoltes vivantes.

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  • Ces gadgets qui deviennent dispositifs de contrôle…, à propos de ces gadgets apparemment anodins recyclés en dispositifs de contrôle des personnes et de leurs comportements en période de pandémie (2020)

Des géants de la production technologique aux petites start up en mal de développement, nombreuses sont les innovations technologiques qui arrivent sur le marché dans le contexte de la pandémie. Il s’agit toujours de gérer à grande échelle le risque d’infection par des dispositifs qui entrent, directement ou à distance, dans l’intimité de chacun. Si on y regarde de plus près, et c’est souvent comme ça que fonctionne « l’innovation technologique », il s’agit de gadgets inventés pour un usage plutôt restreint et apparemment (plus ou moins) « utile », bien que jamais nécessaire, qui se retrouvent, avec quelques modifications, transformés en outil de contrôle de masse.

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  • Le vaisseau des morts a brûlé… et après ?, à propos de luttes et de révoltes à l’intérieur des centres de rétention, de la solidarité avec les inculpés de l’incendie du CRA de Vincennes, des répressions qui s’ensuivirent et d’autres choses… 2008-2013 (Pafledab, 2017)

Alors que l’État veut juger toute une séquence de luttes contre la machine à expulser et que les perspectives révolutionnaires de cette lutte risquent évidemment d’être évacuées non seulement par la procédure elle-même, mais aussi par le temps qui a passé et la dispersion géographique et politique de ceux qui l’ont menée, ce texte entend fournir quelques notes, informations et réflexions sur ce qui a fait de cette période allant de 2008 à 2013 une phase offensive de la lutte contre les centres de rétention, les frontières et les papiers. Nous reviendrons sur ce qui a précédé, ce qui s’est déroulé et ce qui, judiciairement, succède.

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  • Du confinement à l’enfermement administratif, quelques notes à propos de la quarantaine comme mode de gestion de la pandémie (2020)

Il s’agit ici de mieux comprendre le statut de la quarantaine telle qu’elle est proposée pour l’après-confinement en France, en lien avec les politiques visant à maintenir à l’écart une partie de la population, qui se pratiquent en ce moment sous des formes diverses à peu près partout dans le monde. Si on y tente un rapprochement raisonné entre la quarantaine et une forme d’enfermement administratif, ce n’est pas pour opérer une comparaison vaseuses entre le sort actuel et futur des infectés depuis le début de la crise actuelle et celui des sans-papiers en instance d’expulsion en temps « normal », mais parce qu’il nous semble qu’il y a, à certains égards, et à ces égards là seulement (l’enfermement de la quarantaine ne se déroule pas dans un lieu carcéral et ne se conclut pas par une expulsion, ce qui change beaucoup de choses…), des formes communes de gestion administrative, qui viennent s’ajouter aux formes communes

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  • Dénégations. Dénégation et radicalité : une hypothèse ou quand le Chat Botté réduit l’ogre en souris… (2020)

Le Chat Botté est vraiment très mignon, avec ses grandes bottes, son chapeau à plume et son air malicieux. Il a même de grandes réussites à son actif. Malgré sa petite taille, on se souvient comment il parvient à vaincre l’ogre avec une facilité déconcertante. A force de flatterie, il obtient que ce dernier se transforme en souris, et, une fois réduit aux dimensions d’un adversaire à sa taille, il le dévore. Bien joué. C’est pour son pauvre maître qu’il fait tout ça, qui a été lésé dans le partage de l’héritage paternel. Il cherche à restituer un peu de justice sociale, et peut-être aussi apprécie-t-il le jeu et le panache. Mais les contes sont des matrices aux sens multiples qui représentent bien des travers humains. En plus de la débrouillardise que rien n’arrête, peut-être figure-t-il aussi un talent bien plus humain que félin pour amadouer la peur, sans fuir mais en s’évitant de faire face à ce qui la cause. Ce n’est pas vraiment du déni non plus : le déni de la force de l’ogre aurait immanquablement livré le chat à la dévoration. C’est plutôt une sorte de dénégation active.Face à une réalité effrayante, la fuite est parfois possible, mais quand l’Histoire et l’humanité qui se font ogres, quand ce qui se passe dépasse notre capacité de compréhension et d’acceptation, la tentation semble exister de transformer l’ogre en souris, et ainsi de sortir triomphant d’une confrontation dont on pense avoir pu choisir les termes, à l’intérieur des limites contraintes de notre, parfois susceptible, entendement. Et chaque événement démesuré voit naître, très tôt car il ne faudrait pas laisser s’installer une représentation de ce qui se passe dans sa taille originelle, ses détracteurs, ou ses réducteurs, comme si réduire la représentation de ce qui se passe pour le mettre à sa portée donnait le moyen de triompher de ce qui terrifierait, si toutefois on le regardait dans ses dimensions propres.

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  • Covid-19 : Passage en revue des transformations rapides d’une justice qui se prétend « au ralenti » (2020)

La justice française est « au ralenti » depuis le début de la pandémie et des mesures d’état d’urgence sanitaire prises à son égard, nous répète la presse nationale… Alors examinons ce que ce « ralentissement » signifie pour ceux et celles qui nous intéressent, c’est-à-dire que la justice arrête, condamne et emprisonne.

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  • Drôles d’histoires : l’extermination douce (Armand Ajzenberg, 1995)

Ce texte à propos de la mort de faim, de froid et d’abandon de 76 000 patients dans les hôpitaux psychiatriques en France de 1940 à 1945, n’est pas là pour établir une équivalence malsaine entre l’entreprise exterminatrice de la deuxième guerre mondiale et le confinement actuel, ni pour pousser à on ne sait quelle comparaison émotionnelle scandaleuse (dans tous les sens du terme). Il s’agit d’inviter à réfléchir sur quelques points bien précis. Lire la suite

1er mai 1995 : Jean-Marie Le Pen et ses bandes anti ethniques, commémorant Jeanne d’ Arc dans un «sons sans lumières » ubuesque, marchent vers l’Opéra. A l’arrière du peloton, les «crânes rasés ». Quelques-uns, en passant, basculent dans la Seine non pas un Anglais mais un jeune Marocain. « Rien à voir » entre le Front national et cette mort, s’exclame son chef. Certes, il paraît bien difficile de conclure à une volonté politique, même inavouée, éliminatoire. Seule, une certaine idéologie. . . 1er mai 1945 : autre défilé. Le peuple. Après la fête, les comptes : 75 000 fusillés, parce que communistes ou patriotes ; 76 000 hommes, femmes et enfants de France livrés par «Vichy » aux nazis, et exterminés parce que Juifs ; 76 000 autres morts encore, dans les asiles psychiatriques, parce que fous. 40 000 disent certains décomptant ceux qui, de 1940 à 1945, statistiquement seraient de toute façon morts. Discussion sans grand sens. Aurait-il fallu identiquement calculer la surmortalité chez les autres 76 000 : les Juifs ? 76 000 fous donc, morts affamés par les autorités vichystes. Au temps du rationnement, le gouvernement du Maréchal accorda un supplément alimentaire aux malades des hôpitaux publics, pas à ceux des hôpitaux psychiatriques. Les premiers pouvaient survivre, pas les autres. L’enjeu : un supplément journalier de 500 calories. Soit 1,25 calories par jour et par Français.

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  • Psychiatrie : « Avec le confinement, on revient à quelque chose d’asilaire » (2020)

Comment se déroule le confinement pour des patients bien souvent déjà enfermés ? En psychiatrie, l’épidémie de Covid a réduit les espaces de liberté des malades et révèle crument les différences de pratiques selon les établissements.

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  • Psychiatrie confinée et nouvelle anti-psychiatrie covidienne (2020)

Depuis bientôt quinze jours, les équipes de psychiatrie, les patients et leurs familles ont du s’adapter à la situation nouvelle qu’impose le confinement de la population. La transmission possible du virus impose des règles strictes dans les lieux de soins allant à rebours de ce qui permet habituellement le soin psychique. Depuis deux semaines, un genre nouveau d’anti-psychiatrie dicte les règles de la psychiatrie confinée. Cette anti-psychiatrie covidienne rend difficile la possibilité même de soins psychiatriques et psychiques. Pour autant, tenter un décryptage sur le vif de ce qui se passe et partager quelques initiatives est nécessaire pour que ce confinement ne rime pas avec de nouveaux cloisonnements.

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  • Pour qu’un mélange détonne… (2005)

Cela fait maintenant plus de 15 jours que des émeutes secouent de nombreuses villes en France. Il ne s’agit pas pour nous de prendre la parole à la place de quiconque ni même de penser qu’il serait bon que quelques uns des acteurs de ces attaques la prennent ou qu’apparaissent des représentants.
Si nous voulons nous pencher sur les attaques qui ont été menées, c’est juste pour énoncer comment ces faits nous parlent.

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  • Lorsque le feu s’en prend aux métropoles… (2005)

Les émeutes qui font flamber les métropoles ont, dans la bouche pleine de cadavres des commentateurs de tous bords, vite abandonné (pour ne pas dire jamais eu) un caractère vivant, exponentiel, autoentretenu, autonome et fondamentalement anti-discursif pour se fondre justement dans des discours, des interprétations, des palabres politico-morales, pour perdre dans les catégories misérables de l’analyse éclairée tout ce qui les subjective et en fait la force. Expliquer, il faut expliquer ce qui se passe. Pour condamner, pour justifier, pour trouver un réceptacle à sa bonne conscience humaniste, pour se rassurer, pour évacuer la peur de ce que l’on est pas en mesure de vivre et d’étreindre.

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  • Deux poids, deux mesures. De l’onanisme en milieu militant (2008)

Avec la même unanimité que l’on peut voir aujourd’hui pour encenser les émeutiers grecs, après les émeutes urbaines de 2005 en France, un cortège de communiqués ont condamné les violences. Les émeutiers, ici, sont des « irresponsables », des « inconscients » qui « se tirent une balle dans le pied » et se mettent « les leurs » à dos. Les leurs ? Voici le meilleur moyen de souligner la séparation entre « les militants » qui pondent leurs analyses tranquillement installés dans leurs sièges au coin du feu et ceux, que beaucoup d’entre eux s’amusent à appeler « les masses », qui elles s’insurgent en foutant le feu.

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  • L’abject “Monologue du virus” (2020)

Le monologue du virus, publié sur lundimatin a déjà beaucoup circulé. Ce texte nous invite à accueillir le coronavirus comme le Messie venant nous sortir de notre servitude volontaire et de notre apathie quotidienne. Mais dans ce monologue abject, il est oublié (ou dénié) que tout le monde n’a pas le luxe de se demander s’il faut concevoir le temps de la pandémie comme des vacances ou bien comme l’occasion de cultiver son jardin et l’art de se saluer.

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  • La colonisation scientifique de l’ignorance (Baudouin Jurdant, 2007)

Où l’on montre que la vulgarisation scientifique a quelque chose à voir avec la propagation du scientisme et avec sa mise en scène dans la psychanalyse. Dans cette intervention, je défendrai la thèse suivante : la vulgarisation scientifique, entendue comme cette opération qui, dès les débuts de la science moderne en Europe, tente de faire partager par un large public, la vision qu’ont les scientifiques du monde et de ses problèmes, peut sans doute être considérée comme l’outil de propagation privilégié de l’idéologie scientiste.

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  • Il n’y a pas de catastrophes naturelles (2018)

On se propose de réfléchir ici à partir d’une affirmation à la fois étrange et évidente : “il n’y a pas de catastrophe naturelle”. De la gestion des populations à travers le modèle de la gestion de la catastrophe à venir, aux théories de la catastrophe qui nous invitent à attendre l’écroulement prévu du capitalisme, en passant par cette manière de s’étonner que cette bonne mère nature n’accompagne pas tranquillement l’urbanisation et le profit, on pourra explorer ce que cette proposition nous permet de comprendre du monde et de sa gestion.

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  • Il n’y a pas de catastrophes naturelles (traduit de l’italien, 2011)

Des milliers et des milliers de morts et de disparus, des millions de gens qui ont presque tout perdu. Au moins pour l’instant. Des villes entières rasées. C’est comme si le Japon n’avait pas été frappé par un tremblement de terre, mais par des bombes atomiques. Comme si les maisons n’avaient pas été ravagées par un tsunami, mais par une guerre. Et en effet, c’est le cas. Mais les ennemis qui frappent aussi durement ne sont pas la terre ou la mer ; il ne s’agit pas d’instruments de vengeance d’une nature que nous nous sommes habitués à considérer comme hostile. L’ennemi, c’est nous. Nous sommes la guerre. L’humanité, c’est la guerre.

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  • Cours, camarade le COVID est derrière toi ! (2020)

L’état se refait une santé. Après avoir détruit le service public et fait des hôpitaux des marchés à ciel ouvert depuis plusieurs années, Macron découvre que le privé dans la santé, c’est mauvais. Les feux de forêts ont détruit des pays entiers après la fermeture des dispositifs de pompiers en Grèce ou au Portugal sur commande des restrictions budgétaires liés aux plans d’austérité européens. Une étincelle suffisait alors pour tout ravager. Et un virus peut s’étendre et mettre à sac un service d’urgence qui ne tourne plus depuis longtemps qu’avec un service minimum drastique comme ce fut le cas à Mulhouse. Et si la tuberculose fait déjà des ravages dans le silence, l’alarme depuis un an de grève et de manifestations ne concerne pas un simple virus mais une société délabrée, des villes surpeuplées et polluées aux populations de plus en plus fragiles et démunies.

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  • L’épidémie n’a pas de vertus {1} (2020)

Si l’on en croit la multiplication des analyses médiatiques allant dans ce sens dernièrement, l’épidémie de COVID-19 serait bonne pour la planète. (…)Malgré ces éléments qui semblent univoques, voir des bénéfices pour la planète dans l’épidémie en cours n’est en aucun cas un positionnement écologiste. Revenir aux conditions sociales de la production de l’épidémie ainsi qu’aux principales propositions écologistes permet de s’en convaincre.

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  • Le virus n’est pas une vengeance {2} (2020)

Les journaux de confinement de personnalités qui fleurissent dernièrement dans les médias sont exaspérants pour de très nombreuses raisons. Explorons en particulier l’une de ces raisons, particulièrement reprise : l’idée selon laquelle l’épidémie provoquée par le coronavirus serait une « vengeance de la Nature » – ou de « Gaïa », du « Vivant », de la « Terre », etc. Ce texte tente de les déconstruire.

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  • Pandémie, autorité et liberté (2020)

Avec la diffusion de la pandémie, l’aile de la mort passe sur chacun et chacune, en même temps que tous et toutes nous nous retrouvons livrés à une gestion étatique aussi autoritaire que désordonnée. Dans l’aliénation généralisée de tout ce sur quoi on avait jusque là la capacité, même illusoire, de décider de ce qu’il advient de nous-mêmes (mais prendre le métro pour aller travailler, est-ce vraiment une décision que l’on prend pour soi-même ?), ce sont désormais des fonctions qui nous apparaissent comme l’exercice évident d’une liberté individuelle fondamentale qui se retrouvent empêchées, contrôlées, délictualisées (sortir de chez soi, acheter le pain, aller voir ses proches, se rencontrer, s’embrasser, s’aimer, etc.) et les « gestes barrières » règlementent jusqu’au comportement quotidien et intime des confinés.

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