Qatar : des centaines de milliers de travailleurs migrants licenciés suite au confinement sont enfermés dans une zone industrielle et n’ont plus de quoi se nourrir

Qatar, Doha. Des travailleurs migrants, enfermés depuis le début de l’épidémie dans une zone industrielle dont les entrées sont contrôlées par les forces de l’ordre, n’ont plus de quoi se nourrir. Ils sont sans ressources et ne peuvent pas rentrer dans leurs pays d’origine à cause de la fermeture des frontières. Ils se retrouvent enfermés dans une vaste zone d’usines et d’entrepôts où ils travaillaient et étaient logés, à la périphérie de Doha, et dont une grande partie a été totalement mise à l’arrêt en mars. Cette zone industrielle est devenue une sorte de camp pendant l’épidémie : des centaines de milliers de personnes, logées dans des dortoirs délabrés et surpeuplés y ont été enfermées, la police gardant les accès fermées par de lourdes barrières métalliques. Le gouvernement ravitaille la zone mais de manière très insuffisante et prétend avoir débloqué une somme pour venir en aide aux travailleurs privés d’emploi par l’épidémie mais la plupart ont été licenciés et n’en bénéficient donc pas. Une directive du gouvernement a autorisé mi-avril les entreprises qui ont cessé leurs activités en raison des restrictions liées aux coronavirus à mettre les travailleurs en congé sans solde ou à résilier leur contrat. Les employeurs ont aussi cessé de fournir nourriture et logement. Ce sont les domestiques qui sont particulièrement vulnérables. Un groupe de domestiques originaires du Népal, qui travaillent dans des maisons privées pendant la journée mais retournent dans leurs propres chambres la nuit, ont déclaré qu’elles avaient été laissées sans ressources après avoir refusé d’emménager avec les familles qu’elles servaient, craignant à la fois le virus et le risque d’abus, qui est courant chez les travailleurs et travailleuses domestiques dans les pays du Golfe. Le Qatar fait travailler plus de 2 millions de travailleurs migrants et son taux d’infection par habitant est désormais l’un des plus élevés au monde avec près de 18 000 cas sur une population d’à peine 2,8 millions d’habitants. La grande majorité de ceux qui ont été testés positifs au virus sont des travailleurs migrants. Les migrants vivent ce genre de situation dans tous les pays du golfe. Au Koweït, des migrants ont aussi été «piégés» sans travail ni moyen de rentrer dans leur pays d’origine, et certains se sont révoltés contre cette situation, tandis que l’Arabie saoudite a expulsé des milliers de travailleurs domestiques vers l’Ethiopie.

#0599 Source theguardian.com