France, Paris : une plainte pour “délaissement de personnes vulnérables” dénonce le choix de laisser les malades mourir chez eux ou dans les structures où ils vivent

France, Paris. Une plainte criminelle pour « délaissement » de personnes vulnérables a été déposée à Paris par vingt-huit proches de victimes décédées du Covid19 soutenus par l’association Coronavictimes, mettant en cause la gestion de la crise sanitaire. C’est la première plainte criminelle déposée à ce sujet. Cette plainte s’appuie sur plusieurs cas concrets. – Un enseignant trentenaire, souffrant de dépression, a été contraint d’appeler une demi-douzaine de fois le SAMU en une semaine avant de parvenir à être hospitalisé et sera immédiatement placé en réanimation puis mourra très vite une fois son transfert à l’hôpital obtenu. Le SAMU lui avait répondu : « Les gens qui sont vraiment en grande détresse, en gêne respiratoire, ils parlent beaucoup moins bien » pour justifier de ne pas se déplacer. – Un couple de septuagénaires dans un Ehpad. La femme tente désespérément d’alerter le personnel sur l’état de son mari. L’établissement, jugeant son attitude « alarmiste » et « nuisible », propose de la renvoyer chez ses enfants pour la « séparer » de son époux. La famille finit par obtenir, de haute lutte, l’hospitalisation du vieil homme, atteint du Covid, puis de la femme, également malade. Les deux finissent par en mourir, à quinze jours d’intervalle. – Une nonagénaire autonome, en Ehpad, présente de graves symptômes du Covid-19. Son fils demande instamment l’hospitalisation. Une infirmière sollicite le SAMU et s’entend dire : « Elle a 93 ans, c’est ça ? (…) Donc elle ne sera pas hospitalisée. (…) Il y a beaucoup de gens qui ne comprennent pas, mais elle n’ira pas aux urgences. (…) Il faut contacter le médecin, qu’il vous donne des consignes pour qu’elle évolue dans le confort. » Dix autres épisodes qui illustre la gestion de la pénurie hospitalière et l’absurdité administrative sont consignés dans la plainte contre X avec constitution de partie civile pour « délaissement ayant provoqué la mort », « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner », « discrimination » et « entrave aux soins ». « En raison de leur âge, de leur isolement ou de leur condition physique ou psychique préexistante, ces treize personnes n’ont pas eu accès à des soins adaptés qui auraient pu les sauver », explique Me Anaïs Mehiri, l’avocate qui a déposé cette plainte collective.” Les plaignants dénoncent une « stratégie » consistant, selon eux, à « laisser les personnes souffrantes à leur domicile ou dans une structure d’accueil [Ehpad] jusqu’à ce qu’elles atteignent un état de santé critique ».

#1331 vu sur lemonde.fr