Ces gadgets qui deviennent dispositifs de contrôle…

Ces gadgets qui deviennent dispositifs de contrôle…
A propos de ces gadgets apparemment anodins recyclés en dispositifs de contrôle des personnes et de leurs comportements en période de pandémie.

Le billet qui suit n’a pas pour intention d’explorer largement la vaste question de la technologie à l’ère de la pandémie. Il s’agit d’un petit éclairage élaboré au fil des brèves qui s’accumulent à ce sujet.

Des géants de la production technologique aux petites start up en mal de développement, nombreuses sont les innovations technologiques qui arrivent sur le marché dans le contexte de la pandémie. Il s’agit toujours de gérer à grande échelle le risque d’infection par des dispositifs qui entrent, directement ou à distance, dans l’intimité de chacun. Si on y regarde de plus près, et c’est souvent comme ça que fonctionne « l’innovation technologique », il s’agit de gadgets inventés pour un usage plutôt restreint et apparemment (plus ou moins) « utile », bien que jamais nécessaire, qui se retrouvent, avec quelques modifications, transformés en outil de contrôle de masse. Ainsi le bracelet testé dans un jardin d’enfants en Italie a été conçu au départ pour éviter que les enfants ne se percutent dans les piscines quand ils apprennent à nager. De même, le bracelet développé par une société suisse et supposé détecter les infections en temps réel était fait au départ pour que les femmes surveillent leur température et diverses autres données pour connaître leurs périodes de fertilité (la méthode Ogino avec technologie, en somme).

Ces objets auraient vivoté leur vie modeste de gadget en plastique au gré des modes et des réussites publicitaires si la pandémie n’était pas venue booster tout d’un coup la prétendue utilité sanitaire de leur usage. Qu’ils se retrouvent imposés par la gestion de l’État ou simplement proposé à l’achat individuel, les accepter et les utiliser devient un acte citoyen responsable…

On voit ainsi fleurir les caméras « intelligentes » identifiant les personnes dépourvues de masques, les colliers, bracelets ou trucs qu’on met dans sa poche, qui bipent quand un autre être vivant sa semi-vie permise par le capitalisme et portant le même truc se rapproche à une distance interdite, les hygiaphones directionnels permettant aux commerçants ou aux administrations d’éloigner les personnes aux guichets des clients, les bâtons anti-toucher pour appuyer sur les boutons en toute sécurité (en bleu ou en rose pour 11 euros 90 chez Jgzui, parce que c’est bien mieux d’appuyer sur les boutons en toute sécurité et en tant qu’homme ou que femme…).

Ces dispositifs entrent dans les transports et les entreprises. À Cannes ou dans le métro parisien, on identifie les personnes sans masques. Amazon annonce utiliser le « machine learning » pour que les caméras de ses entrepôts et bureaux puissent « déterminer si ses employés restent à bonne distance ou sont trop regroupés pendant leurs heures de travail ». Le port d’Anvers teste un bracelet qui sonne quand les employés se rapprochent les uns des autres. Ils rentrent aussi dans les écoles et les crèches, comme en Italie. Ils sont aussi destinés à envahir les corps, les sacs et les vêtements de tout un chacun.

Ainsi, l’idée de génie qui peut permettre la fortune de l’entreprise qui les développe n’est pas tant l’idée d’origine, qui tient souvent de la bizarrerie de concours Lépine, que la faculté de l’adapter à la crise sanitaire en cours. En général cette adaptation passe par une tout petite modification qui consiste bien souvent dans l’ajout d’un lien avec un dispositif de contrôle. Il en est ainsi du bracelet pour enfants : les contacts seront désormais traçables en cas de détection d’infection, ou du bracelet « Ogino » : il prévient les autorités compétentes qui peuvent intervenir très rapidement pour des mises en quarantaine.

Ainsi va le développement technologique, s’adaptant aux perspectives gestionnaires et proposant aux experts de nouvelles perspectives de gestion et de contrôle.