Brésil, Sao Paulo : un procès devant la cour suprême du pays met en débat la question de définir la politique actuelle vis à vis des populations autochtones comme un génocide

Brésil, Sao Paulo. Un procès devant la cour suprême du pays met en débat la question de définir la politique actuelle du gouvernement vis à vis des populations autochtones comme un génocide. «Il n’est pas exagéré d’avertir ce tribunal que nous avons un risque sérieux de génocide» affirme l’avocat Luiz Eloy Terena, lui-même autochtone, lors d’une audience en ligne de la Cour suprême. Il s’appuie sur le nombre alarmant de morts dans les populations autochtones et la politique gouvernementale qui ne permet pas de protection sanitaire pour ces populations et contribue au contraire sciemment à y favoriser la diffusion du virus. A ce constat s’ajoute le fait que, comme l’a montré un rapport de l’Institut socio-environnemental du Brésil en juin, pour les groupes isolés, le virus pose «un risque d’extermination de tout le groupe», avec un taux de mortalité bien supérieur au reste de la population. En réponse, la Cour suprême du Brésil a rendu une décision constatant le défaut de protection et forçant le gouvernement à protéger les peuples autochtones pendant la pandémie. Plus précisément, il a ordonné au gouvernement de

1) créer des barrières dites sanitaires, empêchant des tiers de pénétrer sur les terres autochtones;

2) créer une «salle de situation» où les responsables gouvernementaux et les représentants des peuples autochtones pourraient constamment discuter et actualiser un tel plan;

3) inclure dans le système de santé les terres autochtones qui ne sont pas encore officiellement reconnues comme telles par l’État;

et 4) adopter des mesures urgentes pour contenir et isoler les envahisseurs des terres autochtones, en particulier les mineurs illégaux.

Mais cette décision se fonde sur la possibilité de négociations et donc sur une relative “bonne volonté” supposée de Bolsonaro, hypothèse qui semble démentie par le fait que le jour suivant, le gouvernement a suspendu les actions répressives contre les mineurs illégaux dans les terres autochtones du nord-est de l’État de Pará. La décision de la cour suprême intervient quelques jours après que la Commission interaméricaine des droits de l’homme a également demandé à l’État brésilien de protéger les peuples autochtones pendant la pandémie, en particulier deux d’entre eux pour lesquels la situation est particulièrement critique : elle a recommandé «l’adoption des mesures nécessaires pour protéger les droits à la santé, à la vie et à l’intégrité personnelle des membres des peuples autochtones Yanomami et Ye’kwana» et a ordonné la mise en œuvre de “mesures préventives contre la propagation du COVID-19, en plus de leur fournir des soins médicaux adéquats”. Par ailleurs, cinq demandes sont déposées à la Cour pénale internationale pour ouvrir des enquêtes préliminaires pour “incitation au génocide” et “crimes contre l’humanité”.

#1400 vu sur www.americasquarterly.org