Bangladesh : le gouvernement met en service le camp de détention cauchemardesque qu’il a fait construire sur l’îlot insalubre de Bhasan Char (“l’île qui flotte”) pour y mettre des migrants Rohingya en quarantaine.

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Bangladesh. Le gouvernement profite de la pandémie pour enfermer des migrants Rohingya sur un îlot submersible, l’île de Bhasan Char (« l’île qui flotte », en bengali). Alors que, face aux protestations de l’ONU, il avait renoncé au projet d’installer 103 000 réfugiés rohingya sur cet îlot perdu dans le golfe du Bengale, le gouvernement vient de faire débarquer sur place 29 membres de cette minorité ethnique, au nom du risque de contagion qu’ils représenteraient. Il s’agit de migrants rescapés du bateau qui a erré depuis début mars entre le golfe du Bengale et la mer d’Andaman. Un autre navire où s’entasseraient entre 500 et 800 « boat people » a été repéré dans les eaux territoriales birmanes. Arguant de la pandémie de Covid­19, Kuala Lumpur a interdit tout accostage sur ses côtes, et les deux embarcations, après une autre tentative avortée en Thaïlande, ont rebroussé chemin pour regagner le Bangladesh, d’où elles étaient parties. Les quarante rescapés de la première embarcation ont échoué sur le rivage, à proximité de la piste de l’aéroport. Une dizaine d’entre eux se sont échappés, tandis que les autres, huit hommes, quinze femmes et cinq enfants affamés, ainsi qu’un homme qui sera accusé plus tard d’être un trafiquant d’êtres humains, ont été arrêtés par la police. Tous ont été remis aux gardes-­côtes qui les ont transportés sur l’île de Bhasan Char, à trois heures de navigation de là. Il s’agit d’une terre insalubre, apparue il y a une vingtaine d’années par accumulation de sédiments charriés depuis l’Himalaya par le Gange et le Brahmapoutre. L’île menacée par les cyclones a été entourée de digues en terre de 3 mètres de haut, qui n’empêchent pas le risque qu’elle soit submergée pendant la mousson. Le gouvernement y a fait bâtir un camp de rétention de la taille d’une ville, avec plusieurs centaines d’immeubles collectifs, des dispensaires, des écoles, des mosquées et de nombreuses caméras de surveillance dans la perspective d’y enfermer les Rohingya. L’utilisation à des fins de mises en quarantaine de ces lieux présage de leur mise en service pérennes malgré les diverses protestations internationales. « Si les migrants arrivés par la mer en avril ont été placés en quarantaine dans des lieux prévus à cet effet à Cox’s Bazar (sur le continent), on se demande bien pourquoi, soudain, les nouveaux arrivants ne pourraient pas rester sur la terre ferme et devraient être envoyés dans cette île qui est un véritable camp de concentration », estime Rezaur Rahman Lenin, un consultant indépendant spécialiste de la question des Rohingya.

#0514 Source Le Monde du 06/06